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    January 27

    Homélie du 27 janvier 2008

     « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. » Ce verset d’Isaïe, que Matthieu reprend dans son Evangile, nous est bien connu puisque nous l’entendons chaque année au soir de Noël alors que nous célébrons la naissance du Christ, lumière du monde. C’est de ce même verset qu’est directement inspiré le thème retenu cette année pour le dimanche de la santé : « Que ta lumière éclaire ma nuit. » Un thème sur lequel je vous propose de méditer avec vous ce matin.

     

    « Que ta lumière éclaire ma nuit ». Une toute petite phrase dans laquelle on perçoit, grâce aux adjectifs possessifs ta et ma, une relation entre deux personnes. Cette relation, je voudrais tout d’abord la considérer entre un être humain et Dieu.

     

    Probablement, chacun d’entre nous a fait une ou plusieurs fois dans sa vie cette expérience de vivre des moments de difficultés et de souffrances car, contrairement au titre d’un film, la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Elle est faite pour chacun de hauts et de bas. Des bas qui passent parfois par l’annonce d’événements douloureux, d’un deuil ou d’une grave maladie. Et soudain nous sommes envahis par les ténèbres, nous sommes scandalisés, révoltés, réactions humaines bien normales. Tout cela est aussi accompagné de multiples interrogations : « Pourquoi ce mal ? » « Pourquoi moi ? » « Qu’ai-je donc fait au bon Dieu ? » Et puis, il faut trouver un coupable : alors c’est souvent le Seigneur qui trinque car beaucoup se disent « S’il y avait un bon Dieu, il n’y aurait pas tout cela. » Et bien, frères et sœurs, c’est vouloir faire de Dieu un magicien qui d’un coup de baguette magique pourrait régler tous les problèmes. Si Dieu, c’est cela, eh bien moi non plus je n’y crois pas. Le Dieu en qui j’ai mis ma foi est le Dieu de Jésus Christ, un Dieu tout-puissant, mais non pas au sens d’omnipotent ou de super héros, mais tout-puissant en amour.

     

    La question du mal et de la souffrance est une question difficile. Alors n’attendez pas de moi une réponse toute faite car il n’y en a pas. Seulement, je souhaiterais rappeler que nulle part dans la Bible vous ne trouverez une explication du mal et de la souffrance. Le Seigneur n’explique pas cette souffrance mais sans cesse, il vient la combattre, mais plus encore, il vient la vivre, et de manière forte, sur la croix. En cela, il rejoint chacun des souffrants et des malades. C’est ce que nous disait l’Evangile de ce jour en précisant que Jésus vint habiter à Capharnaüm, pays de l’ombre et de la mort. Il rejoint ceux qui sont dans la difficulté et le désespoir. Cependant, notre espérance chrétienne ne reste pas à ce stade. La croix est un passage, mais elle n’est pas la fin. Après la croix, il y a la résurrection. La nuit n’est pas une fin en soi mais elle anticipe et prépare le jour (il y eut un soir, il y eut un matin nous dit la Genèse). Aussi, quand la souffrance nous atteint, nous sommes invités à vivre, à la suite du Christ, le mystère pascal afin de passer du vendredi saint au dimanche de Pâques, de l’obscurité à la lumière. Nous sommes invités à mettre nos pas dans ceux du Seigneur, à faire de notre épreuve un chemin de foi et de vie. Attention, il ne s’agit pas de rechercher la souffrance pour la souffrance (nous sommes ni mortifères, ni maso !), mais de vivre la souffrance, si elle se présente, dans un acte de confiance et d’abandon mais aussi dans l’espérance, comme le soulignait le psaume (espère le Seigneur, sois fort et prend courage, espère le Seigneur).

     

    Oui, le Seigneur nous rejoint et nous éclaire dans notre nuit. Mais il compte aussi sur chacun de nous pour porter sa lumière. C’est le deuxième angle de la relation évoquée par le thème de cette année. C’est aussi ce que laisse entendre l’Evangile d’aujourd’hui puisque le Seigneur appelle des hommes pour marcher à sa suite et transmettre aux autres sa lumière. Certains ont répondu particulièrement à cet appel de par leur profession (médecins, infirmières, éducateurs, employés d’associations caritatives, d’ONG…). Au long du jour et parfois même de la nuit, ils exercent une présence et mettent leurs compétences au service des autres pour accompagner, apaiser, guérir, redonner confiance et goût à la vie et nous pouvons en rendre grâce. Mais cet appel ne leur est pas réservé. Il nous est aussi adressé. Et toi, que fais-tu pour tous ceux qui marchent dans la nuit ? Certes, nous n’avons pas forcément reçu de formation dans ce domaine spécifique mais n’est-il pas à la portée de tous de rendre visite à une personne malade ou en détresse ? N’est-il pas à la portée de tous de lui offrir un sourire et une main tendue ? N’est-il pas à la portée de tous de prier pour elle ? Des moyens simples et concrets qui ne demandent pas d’avoir bac+5.

     

    « Que ta lumière éclaire ma nuit. » Une phrase qui nous invite donc ce dimanche à porter une attention particulière à ceux qui traversent une période d’obscurité, mais aussi à rendre grâce pour la présence à leurs côtés du Seigneur et de ceux qui œuvrent à leur donner de la lumière. Pour autant, notre regard ne doit pas seulement porter sur la santé physique ou psychologique mais doit s’élargir à la santé spirituelle. Car c’est précisément la pointe de l’Evangile de ce jour : la conversion du cœur à laquelle le Christ nous appelle. Alors, que chacun prenne le temps de regarder ce qui, dans sa vie, obstrue le passage de la grâce de Dieu et profite du carême qui approche pour éventuellement faire un check-up spirituel. Amen.