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November 25 Homélie du 25 novembre 2007L’homélie n’étant pas exclusivement un commentaire de la Parole de Dieu, je prendrais alors ce matin une autre direction. Profitant de la présence du chœur Allegro qui vient fêter sainte Cécile, patronne des musiciens, je souhaite réfléchir un peu avec vous sur la question du chant liturgique, sur sa signification, sur ses fonctions.
Le chant liturgique n’est pas le propre de notre liturgie actuelle mais il est présent dès les origines de l’Eglise, où on trouve traces dans l’assemblée d’hymnes qui s’inscrivent et s’enracinent dans une tradition juive (pensons aux psaumes ou au cantique des cantiques). Le Nouveau Testament nous en donne quelques fragments comme le Magnificat ou bien l'hymne aux Colossiens entendue tout à l'heure dans la deuxième lecture. Mais il fait aussi écho d’une assemblée qui chante pendant le culte (cf. Ep 5, 19 : « Dites entre vous des psaumes, des hymnes et de libres louanges, chantez le Seigneur et célébrez-le de tout votre cœur.). Aujourd’hui donc l’Eglise ne fait que poursuivre cette tradition ancienne.
Dès les origines, le chant en liturgie est un moyen pour transmettre la Parole de Dieu. Il apparaît comme une forme complémentaire de la lecture ou de la proclamation. Par la répétition, la Parole est peu à peu assimilée et méditée et elle pénètre au plus profond de l’homme. C’est précisément l’expérience que vivent les personnes qui se rendent à Taizé. Le fait de répéter à plusieurs reprises un même verset biblique sur une musique qui porte à l’intériorité permet de l’intégrer et d’être nourri.
Oui, le chant doit non seulement nous permettre d’intérioriser la Parole mais il doit également nourrir notre foi. C’est-à-dire que le texte doit éveiller ou réveiller en nous un certain nombre de convictions que l’on porte. Le chant est alors expérimenté comme une prière. Vous comprendrez alors facilement que l’on ne peut pas chanter tout et n’importe quoi en liturgie. Certes, on peut être davantage attiré par tel type de chants parce que ça rejoint notre sensibilité. Mais l’essentiel n’est pas d’abord la musique mais le texte lui-même qui doit être porteurs de vérités de foi. La musique se veut seulement au service du texte et a pour fonction de mettre en valeur ce texte et d’en faire ressortir les différentes couleurs.
Le chant n’a pas seulement une dimension individuelle mais il a aussi une dimension communautaire, aussi importante, voire même primordiale. Le chant est un puissant moyen d’unification d’une assemblée. Il fait exister l’assemblée et il est signe de son unité. C’est particulièrement le rôle du chant d’entrée qui a pour but de manifester l’union des fidèles rassemblés. Chacun arrive en effet à l’église d’horizons différents mais en réponse à l’appel du Seigneur. Le chant d’entrée vient précisément rassembler toutes nos différences et favoriser notre unité. Chacune des voix est appelée à s’exprimer en communion avec les autres à l’aide de sons et de mots semblables.
Par le chant est donc manifestée l’unité de l’assemblée. Mais c’est aussi par lui qu’est exprimée la réponse de l’assemblée à son Seigneur. En effet, durant la célébration, Dieu parle à son peuple et la prière et les chants sont ainsi réponses à Dieu qui prend l’initiative de nous parler le premier.
Enfin, le chant liturgique a un rôle rituel. Vous savez bien que toute célébration comporte des rites. Certains sont accompagnés par un chant, pour justement mieux les mettre en valeur. C’est le cas par exemple de l’Agneau de Dieu qui accompagne la fraction du pain. Je dis bien accompagne, ce qui signifie que le chant est au service du rite et qu’il doit s’effacer et s’achever avec lui. Mais le chant peut aussi à certains moments accomplir le rite lui-même, comme par exemple l’alléluia, chant par lequel l’assemblée acclame le Seigneur présent dans son Evangile.
Dans une paroisse, vous savez très bien que certains ont plus particulièrement cette mission du chant liturgique : les animateurs, les organistes, la chorale. Pour autant, personne ne peut s’improviser organiste, animateur, chef de chœur. Aussi une formation à la fois musicale et liturgique est indispensable car justement le chant et la musique en liturgie ont des fonctions bien particulières qu’il est indispensable de maîtriser. Une célébration liturgique n’est pas un show de la Star Ac. Il ne s’agit pas de faire de la musique pour faire de la musique mais chacun de ces acteurs est au service de la liturgie, mais aussi au service de l’assemblée. Ces acteurs ont pour rôle de vous accompagner, de vous soutenir. Ce qui veut donc dire que le chant liturgique ne leur est pas réservé mais il doit au contraire concerner chaque membre du corps du Christ pour les raisons et les fonctions énoncés auparavant.
Alors puisse chacun veiller à sa manière de chanter (je ne vise pas seulement ici la justesse mais le fait de penser aux paroles que nous prononçons). La qualité de notre chant permettra sans aucun doute d’accroître la beauté de nos célébrations. Oui, comme le dit le psalmiste : "Que tout être vivant chante louange au Seigneur." Amen. November 10 Homélie du 11 novembre 2007Un jeune prêtre nous racontait il y a quelques temps une histoire vécue lors d’une rencontre avec un groupe de jeunes. Alors qu’il faisait un enseignement, il fut, comme les jeunes présents, perturbé par les bourdonnements incessants d’une énorme mouche. Il décida d’attendre le moment propice pour la tuer. Soudain, ce fut le scandale. Une fille s’écria violemment : T’es pas fou d’avoir fait ça, c’aurait pu être ta mère ! Et lui de répondre : Désolé, mais ma mère est toujours vivante ! Cette réaction nous paraît surprenante pour une jeune qui se dit catholique convaincue mais en même temps intéressante car elle manifeste que le monde d’aujourd’hui comporte un lot de croyances variées concernant ce qui se passe après la mort. Face à ce pluralisme, l’Eglise réaffirme cependant sa foi en la résurrection, comme nous le rappellent les lectures d’aujourd’hui.
On perçoit néanmoins que cette foi en la résurrection n’était pas non plus unanime au temps de Jésus. Tous les Juifs n’y adhéraient pas, tels les Sadducéens dans l’Evangile. Et pour ridiculiser cette croyance, ils posent une question à Jésus, somme toute un peu grotesque. Leur question de savoir de qui la femme ayant eu sept maris sera l’épouse dans l’au-delà montre qu’ils considèrent la résurrection comme une continuité avec la vie terrestre, d’où leur refus de résurrection et cela à juste titre. Leur problème, en définitive, c’est de devenir prisonniers de leurs raisonnements. Et pour prouver qu’ils ont raison, ils utilisent la Parole de Dieu. Voilà ici pointé un danger. La Parole de Dieu n’est pas faite pour être utilisée comme appui pour nos arguments, pour démontrer que nos idées sont justes. C’est le mécanisme inverse qu’il nous faut opérer, c’est-à-dire méditer la Parole de Dieu pour nous laisser convertir, pour nous laisser interpeller afin de changer notre regard sur Dieu et sur les autres.
Face à la question des Sadducéens, Jésus apporte une réponse qui leur fait prendre conscience que le monde à venir n’est pas la copie conforme du monde terrestre où l’on se marie et où l’on meurt. Dans le Royaume de Dieu, il n’y aura plus ni mariage, ni mort, ni larme, ni douleur (comme nous le dit l’Apocalypse), mais seulement paix et joie. Certes, notre langage humain demeure limité pour dire ce que sera notre vie de ressuscité, mais ce qui est sûr, c’est que ce monde de la résurrection sera tout autre de celui dans lequel nous vivons aujourd’hui. Nos corps ne connaîtront pas les mêmes conditions que sur la terre. Regardez le Christ lui-même ! Après la résurrection, les disciples ont du mal à le reconnaître car il leur apparaît non dans son corps terrestre mais dans son corps glorieux. Il leur faudra une parole ou un geste pour qu’ils le reconnaissent vraiment.
Pour ce qui est de notre vie dans le Royaume de Dieu, le Christ nous précise que nous serons non des anges mais semblables aux anges, c’est-à-dire que nous serons continuellement en présence de Dieu et en parfaite communion avec lui. Par delà la mort, ce qui demeurera, c’est l’amour que nous aurons porté autour de nous sur la terre, un amour qui sera purifié et transfiguré. Oui, l’essentiel de toute vie réside dans notre capacité à aimer. Si on regarde bien les propos des Sadducéens, on constate qu’en définitive, l’amour est en définitive le grand absent de leur raisonnement. En effet, ils ont fait du mariage une institution dont le seul but est la reproduction ou pour reprendre un terme plus biblique, la descendance. Une institution dénuée donc de tout amour. Voilà leur erreur : avoir oublié que le mariage est avant tout une histoire d’amour. Leur problème apparaît donc sans intérêt puisqu’il n’est plus question de mort et de descendance dans le monde à venir. Seul l’amour vécu, image de l’amour de Dieu, traversera la mort.
Chez beaucoup de nos contemporains sommeillent sans aucun doute des raisonnements identiques à celui des Sadducéens. Aujourd’hui, le rationnel et la science doivent tout expliquer. Et tout ce qui demeure inexpliqué ou inexplicable est bien souvent rejeté rapidement. Oui, la résurrection échappe à notre cerveau justement parce qu’elle n’est ni de l’ordre de l’intellect, ni de l’ordre de la preuve mais de l’ordre de la foi. C’est l’invitation que le Christ nous fait aujourd’hui de poser un acte de foi, de confiance en sa promesse de vie éternelle. De par notre baptême, qui nous plonge dans la mort et dans la résurrection du Christ, nous avons déjà reçu en germe cette vie éternelle. Mais celle-ci est appelée à se développer et à tendre vers son plein accomplissement. Et lorsque viendra pour nous le moment de passer de ce monde au Père, puissions-nous, avec Sainte Thérèse, chanter : « Non, je ne meurs pas, j’entre dans la Vie ! Mon Dieu, vous avez dépassé mon attente. » Amen. November 03 Homélie du 4 novembre 2007La liturgie de ce dimanche nous invite à méditer l’histoire de Zachée et à contempler sa rencontre avec Jésus. Cette rencontre est un passage de l’Evangile que nous connaissons tous fort bien, tellement bien d’ailleurs que nous risquerions de ne plus vraiment prêter attention au texte lui-même. Pourtant, je crois que cette page d’Evangile demeure riche d’enseignement pour nous aujourd’hui. Aussi je me propose ce matin d’en retirer trois pistes pour notre vie.
La première piste concerne le regard posé sur Zachée. Un regard qui diffère suivant la foule ou suivant Jésus. Pour la foule, Zachée est considéré comme un pécheur public. Et cela du fait même de sa profession. En effet, Zachée est collecteur d’impôt, ce qui signifie aux yeux des autres juifs qu’il collabore avec l’occupant romain et qu’il est soupçonné de voler ses compatriotes. Selon la loi juive, ce lien avec les Romains le rend impur. En résumé, la foule a réduit Zachée à sa situation de pécheur : il est cela et rien d’autre. Jésus, quant à lui, va agir totalement différemment. Il est celui qui fait le premier pas en levant les yeux vers lui et en l’interpellant. Mais mieux encore il s’invite chez lui. Dès lors, Jésus prend ses distances vis-à-vis de la loi. Face au regard méprisant de la foule, Jésus opte pour un regard plein d’amour et de bonté à l’égard de Zachée. Un regard qui va l’arracher à son mal et le transformer radicalement. Cette distinction de regard doit aujourd’hui nous interpeller sur la manière dont nous regardons les gens. Peut-être avons-nous tendance à mettre trop facilement des étiquettes aux gens et ainsi, comme cette foule, à les réduire à un point précis, à les emprisonner dans leur faute et dans leur mal. L’attitude de Jésus nous invite dès maintenant à vivre précisément le contraire, c’est-à-dire porter sur chaque être humain que nous rencontrons, un regard d’amour, un regard qui relève et réchauffe, un regard qui peut le libérer et l’aider à progresser, un regard qui manifeste le pardon. N’oublions jamais que ce que le Christ condamne et combat, c’est le péché et non le pécheur.
La deuxième piste vise le désir de Zachée de rencontrer Jésus. Sans nul doute, Zachée, comme toute cette foule, avait été averti du passage de Jésus dans la ville de Jéricho et avait déjà eu écho de la Bonne Nouvelle qu’il annonçait. Sinon, il ne se serait probablement pas déplacer. Mais, manque de chance, la foule lui fait obstacle et le tient à l’écart du fait de sa situation de pécheur. Si son désir avait été bien tiède, il en serait resté là, attendant bien sagement derrière les autres le passage de Jésus, sans même le voir. Mais le fait qu’il grimpe dans un arbre manifeste combien son désir est au contraire intense. Pour rien au monde, il n’aurait voulu manquer cette rencontre. Et son audace lui rapporte puisque Jésus l’aperçoit, l’interpelle et s’invite chez lui. Au moment de cette invitation, Zachée demeure libre de le recevoir ou non chez lui. Le fait qu’il redescende rapidement et qu’il soit dans la joie ne fait que manifester une nouvelle fois son désir profond de le rencontrer. L’attitude de Zachée doit nous aussi nous interroger ce matin sur notre désir de rencontrer le Christ. Avons-nous vraiment en nous-mêmes ce désir et quels moyens mettons-nous à notre disposition pour aviver ce désir et vivre de manière régulière et fidèle cette rencontre avec le Christ ?
La troisième piste concerne la conversion de Zachée. Le désir de Zachée aurait pu être uniquement de rencontrer le Christ et de garder ensuite en mémoire cette belle rencontre inespérée sans vouloir aller plus loin dans sa démarche. Pourtant, Zachée ose avancer plus au large. Sa rencontre avec le Christ le bouleverse, le change radicalement : il vit une véritable conversion. Il désigne Jésus comme le Seigneur et c’est cela être sauvé. Cette reconnaissance de Jésus comme le Seigneur était l’étape primordiale de laquelle va ensuite découler son changement d’attitude, c’est-à-dire le détachement de ses biens pour en faire don aux pauvres et à ceux à qui il a causé du tort. La conversion de Zachée doit nous aussi nous questionner sur notre propre conversion. Certes, le salut nous est déjà donné mais encore faut-il que nous l’accueillions car sans accueil de notre part, le salut ne peut advenir aujourd’hui pour nous.
Ensemble, nous célébrons aujourd’hui la sainte Hubert. Vous connaissez certainement beaucoup mieux que moi la légende de votre saint patron. Mais je crois que nous pouvons rapprocher les vies de Zachée et d’Hubert. L’un et l’autre ont fait une rencontre fulgurante du Christ à un moment de leur vie, une rencontre qui les a totalement transformés, une rencontre qui a entraîné une conversion radicale de leur cœur. Alors, ce matin, par l’intercession de saint Hubert, demandons au Seigneur de purifier notre regard, d’accroître notre désir de le rencontrer et de convertir nos cœurs un peu plus chaque jour. Amen.
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