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    December 01

    Homélie du 2 décembre 2007

    Comme vous le savez, nous ouvrons aujourd’hui à la fois une nouvelle année liturgique et le temps de l’Avent. Alors je tenais pour commencer à vous souhaiter une bonne année à la suite du Seigneur ainsi qu’une bonne marche vers Noël. Oui, ce temps de l’Avent est précisément une marche de quatre semaines, un temps d’attente joyeuse mais aussi un temps de conversion que l’Eglise nous propose pour préparer nos cœurs à réaccueillir et à contempler le mystère de l’Incarnation. Dans les lectures entendues ce matin, je voudrais retenir trois points qui pourront nous servir de balises dans notre marche : la lumière, la paix et le fait de veiller.

     

    La lumière, tout d’abord. Pour ceux qui participaient au pèlerinage en Terre Sainte, vous vous souvenez très certainement de notre marche très matinale à la forteresse de Massada. Là, nous avons assisté à un spectacle naturel extraordinaire : le lever du soleil sur la Mer Morte. Dans le silence, les ténèbres de la nuit se sont peu à peu dissipées pour laisser place à la lumière. Cette expérience magnifique, outre le fait de nous émerveiller et de nous inviter à la louange, nous a fait reprendre conscience que la nuit n’est pas une fin en soi mais qu’elle anticipe et prépare le jour. La Genèse nous dirait : Il y eut un soir, il y eut un matin. Ce que nos yeux ont contemplé de la nature est invité à se vivre en chacun de nous, c’est-à-dire savoir passer des ténèbres à la lumière. En effet, il y a parfois dans la vie des moments plus difficiles, plus douloureux où l’obscurité cache la clarté, où l’on ne sait plus très bien où on en est. Et ne croyons pas que, comme chrétiens, nous échappons à cette réalité. Toutefois, si le noir semble l’emporter sur le blanc, cela ne signifie pas pour autant que le blanc est totalement absent. Il est juste dissimulé dessous. Il demeure donc au fond de notre cœur une petite flamme, la flamme de l’espérance, qui n’est pas éteinte mais qui sommeille. Nous devrons veiller à la ranimer, mais, comme l’écrivait Paul, cela sera de l’ordre du combat. Toute vie et tout chemin de foi sont faits de combats. Combats que nous n’arriverons à vaincre que si nous prenons appui sur le Seigneur. Jésus nous dit : Je suis la Lumière du monde, qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres. Alors marchons avec confiance dans la lumière du Seigneur car lui seul, qui nous rejoint dans nos obscurités, est capable de les transformer en lumières.

     

    Deuxième piste : la paix. Le psaume de ce dimanche rapportait l’appel répété à la paix et au bonheur pour la ville sainte. En plusieurs siècles, ces paroles n’ont pris aucune ride et demeurent d’une actualité criante. Ce même appel nous est adressé aujourd’hui. Nous avons à prier avec confiance et fidélité pour tous les peuples victimes de conflit et de façon toute spéciale pour cette Terre Sainte. Mais le psaume comportait aussi une invitation à l’action de grâce, action de grâce qu’il nous faut vivre aujourd’hui pour tous les germes de paix qui existent. Durant notre pèlerinage, nous ne nous sommes pas contentés de visiter des ruines. Mais nous sommes aussi allés à la rencontre de pierres vivantes, croisant ainsi des visages multiples, certes marqués par la dureté de la guerre mais aussi emprunts d’une lumière, reflet d’une espérance intérieure et d’une confiance profonde en Christ, source de toute paix. Parmi ces visages, quelques-uns nous ont davantage marqués parce qu’en eux, nous avons découvert de véritables ouvriers de paix et bâtisseurs d’amour. Oui, avec courage et audace, des hommes et des femmes, à l’exemple de Sœur Sophie de Bethléem, œuvrent jour et nuit, pour que la lumière brille au cœur des ténèbres, pour que le pardon soit plus fort que la haine, pour que la vie l’emporte sur la mort. Alors, comment ne pas rendre grâce et prier pour ces frères et sœurs qui deviennent instruments de paix ? Comment ne pas les encourager dans leurs initiatives en faveur de la paix, souvent bien silencieuses face au bruit des armes ? Comment avec eux ne pas espérer qu’un jour, les épées deviennent des socs de charrue et les lances des faucilles ?

     

    Enfin, le dernier point : le fait de veiller. Tel est l’appel que nous lance aujourd’hui le Christ dans l’Evangile. Veiller, c’est être sur ses gardes, c’est vivre au rythme de la nuit pour aller progressivement vers le jour, c’est être témoin de ce passage de la nuit au jour, c’est être témoin de cette espérance qui fait passer des ténèbres à la lumière. Veiller, c’est sortir de notre sommeil, ce qui signifie quitter nos habitudes pour nous ouvrir à de nouvelles perspectives. L’Avent est donc un temps privilégié où nous sommes conviés à remettre au cœur de nos vies l’intériorité. Quatre semaines qui nous sont proposées pour vivre comme une sorte de retraite où nous pouvons redonner à Dieu la première place, où nous pouvons nous mettre davantage à son écoute. Un temps favorable pour un cœur à cœur plus long et plus régulier avec le Seigneur. Un temps pour lire davantage sa Parole, pour la savourer et ainsi mieux connaître le Christ et entrer dans son intimité, pour nous laisser conduire afin de retrouver l’attitude de vigilance intérieure qui convient à un disciple en attente du retour de son maître. Un temps pour aller puiser aux différents sacrements, et notamment au sacrement de la réconciliation dans sa forme individuelle, qui n’est pas une option facultative dans l’Eglise. Un temps privilégié pour laisser le Seigneur convertir nos cœurs et aviver en nous le désir de sa venue.

     

    Demandons ce matin au Seigneur la grâce d’être des guetteurs de l’aube. Car c’est en veillant, c’est-à-dire en nous enracinant davantage sur le Christ, Lumière du monde et Prince de la Paix, que nous pourrons recevoir de lui cette lumière et cette paix. Et nous pourrons alors devenir pour nos contemporains des étincelles de paix, d’espérance et de joie ! Amen.