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    May 03

    Homélie du 4 mai 2008

    « D’un seul cœur, les apôtres participaient fidèlement à la prière. » Participer à la prière, c’est précisément ce que nous vivons en ce moment en célébrant l’eucharistie. Toutefois, ce verset des Actes des Apôtres ne porte pas seulement sur la participation à la prière mais il porte avant tout sur la fidélité à la prière. Entendons par là que la prière n’est pas réservée au dimanche mais elle est appelée à se vivre jour après jour. Peut-être éprouvez-vous des difficultés à avoir dans votre quotidien ces moments d’intériorité ? Les raisons peuvent en être multiples et différer selon chacun : peur du silence, manque de temps, inutilité de la prière, un Dieu qui semble demeurer sourd à nos demandes… Ou encore, comme les disciples, le fait de ne pas savoir prier. Alors comme eux, demandons au Seigneur de nous apprendre à prier. Laissons-nous guider ce matin par Jésus lui-même, dans la prière qu’il fait à son Père et rapportée dans l’Evangile de Jean.

     

    La prière, c’est d’abord et avant tout une rencontre entre deux personnes : Dieu et moi. Un cœur à cœur fait à la fois de silence, d’écoute et de dialogue. Un peu comme dans une relation amoureuse ou amicale où deux personnes prennent le temps de se rencontrer pour simplement goûter la présence de l’autre, pour s’écouter mutuellement, pour dialoguer. Mais aussi pour apprendre peu à peu à se connaître. C’est ce que nous dit Jésus dans sa prière : « La vie éternelle, c’est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ. » Oui, connaître l’autre, mais pas de façon rationnelle, intellectuelle, extérieure à nous mais connaître par le cœur. Saint Thérèse d’Avila définit la prière comme un commerce d’échange amoureux. C’est bien d’une connaissance amoureuse dont il est question. Sur un plan humain, chacun, dans sa vie, peut en faire l’expérience. Lorsque nous aimons quelqu’un, que nous l’apprécions, nous voulons passer du temps avec lui, partager, et mieux le connaître. Avec le Seigneur, la démarche est exactement la même. La prière nous permet de creuser en nous le désir de Dieu, de le découvrir chaque fois un peu plus, de nous enraciner non sur du sable mais sur du roc.

     

    La prière, c’est ensuite apprendre à dire merci. Si je vous demandais ce que veut dire pour vous le mot prier, je suis persuadé que la majorité d’entre vous me répondrait : c’est demander quelque chose à Dieu. C’est vrai et ce que nous verrons tout à l’heure, mais trop souvent, nous oublions de rendre grâce au Seigneur pour toutes les merveilles dont il nous comble. Dans sa prière, Jésus prend le temps de rapporter à son Père la mission qui a été la sienne. Jésus s’émerveille et rend grâce pour les fruits que la Parole a portés et pour la foi qui habite les hommes. C’est une invitation pour nous à lui présenter au jour le jour, avec nos mots, ce que nous vivons, une invitation à relire chaque soir notre journée pour repérer les traces du passage de Dieu en nos vies. Les motifs d’action de grâce ne manquent pas : une super journée, une belle rencontre, un beau paysage, une réussite, un pardon reçu… Oui, comme le dit Saint Paul, en toutes choses, sachons rendre grâce à Dieu. Prenons le parti de regarder plutôt la bouteille à moitié pleine plutôt que celle à moitié vide car regarder le positif, c’est vivre.

     

    Vous l’aurez compris, la prière, ce n’est pas se tourner vers le Seigneur uniquement quand on a une demande car cette démarche est un peu trop facile. Si vos enfants venaient vous voir seulement quand ils ont un problème ou veulent quelque chose, je pense que vous n’apprécieriez pas vraiment. De même, s’ils ne vous disaient jamais merci. Pour autant, il est naturel que nous soyons habités par des besoins, des désirs. C’est là que jaillit la prière de demande. L’Evangile nous dit : « Demandez et vous recevrez. » Alors n’ayez pas peur de demander, de prier pour vous-mêmes, mais aussi de prier pour les autres comme Jésus le fait. « Je prie pour eux. », nous dit-il. Là encore, les motifs de demande ne manquent pas, surtout lorsque nous traversons un temps d’épreuve. Les psaumes recèlent de prières d’êtres humains habités par la joie, la crainte, la souffrance, la révolte, le cri. S’ils expriment ces prières, c’est d ‘abord parce qu’ils font une totale confiance en Dieu.

     

    La confiance, c’est ce dont nous manquons trop souvent. Pourtant, comme le dit Saint Thérèse, c’est la confiance, rien que la confiance qui peut nous conduire à l’amour. Dans l’épreuve, nous avons parfois ce sentiment d’être abandonné par Dieu, de rejeter la faute sur lui et donc de couper toute relation avec lui. Cela manifeste que nous avons négligé ce qu’est d’abord la prière : une rencontre fidèle et quotidienne avec lui. Etant resté à une connaissance extérieure de Dieu, rien d’étonnant à ce qu’à la première difficulté, vous baissiez les bras. Car au fond, vous n’avez pas fait cette expérience d’un Dieu qui n’est qu’amour et qui veut votre bonheur mais vous vous êtes façonnés dans votre imaginaire un Dieu magicien qui ne serait là que pour régler tous les problèmes d’un coup de baguette magique. Et évidemment, vous êtes déçus car il ne répond à vos attentes et vous n’y croyez pas. Eh bien, moi non plus, je ne crois pas en ce Dieu-là car ce n’est pas le Dieu révélé par Jésus Christ.

     

    Plutôt que de parler de Dieu, prenons plutôt le temps de parler à Dieu. Demandons, ce matin, les uns pour les autres, la grâce de la prière. Que l’Esprit Saint, promis par Jésus, nous donne de persévérer et d’être fidèles. Amen.