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May 03 Homélie du 4 mai 2008« D’un seul cœur, les apôtres participaient fidèlement à la prière. » Participer à la prière, c’est précisément ce que nous vivons en ce moment en célébrant l’eucharistie. Toutefois, ce verset des Actes des Apôtres ne porte pas seulement sur la participation à la prière mais il porte avant tout sur la fidélité à la prière. Entendons par là que la prière n’est pas réservée au dimanche mais elle est appelée à se vivre jour après jour. Peut-être éprouvez-vous des difficultés à avoir dans votre quotidien ces moments d’intériorité ? Les raisons peuvent en être multiples et différer selon chacun : peur du silence, manque de temps, inutilité de la prière, un Dieu qui semble demeurer sourd à nos demandes… Ou encore, comme les disciples, le fait de ne pas savoir prier. Alors comme eux, demandons au Seigneur de nous apprendre à prier. Laissons-nous guider ce matin par Jésus lui-même, dans la prière qu’il fait à son Père et rapportée dans l’Evangile de Jean.
La prière, c’est d’abord et avant tout une rencontre entre deux personnes : Dieu et moi. Un cœur à cœur fait à la fois de silence, d’écoute et de dialogue. Un peu comme dans une relation amoureuse ou amicale où deux personnes prennent le temps de se rencontrer pour simplement goûter la présence de l’autre, pour s’écouter mutuellement, pour dialoguer. Mais aussi pour apprendre peu à peu à se connaître. C’est ce que nous dit Jésus dans sa prière : « La vie éternelle, c’est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ. » Oui, connaître l’autre, mais pas de façon rationnelle, intellectuelle, extérieure à nous mais connaître par le cœur. Saint Thérèse d’Avila définit la prière comme un commerce d’échange amoureux. C’est bien d’une connaissance amoureuse dont il est question. Sur un plan humain, chacun, dans sa vie, peut en faire l’expérience. Lorsque nous aimons quelqu’un, que nous l’apprécions, nous voulons passer du temps avec lui, partager, et mieux le connaître. Avec le Seigneur, la démarche est exactement la même. La prière nous permet de creuser en nous le désir de Dieu, de le découvrir chaque fois un peu plus, de nous enraciner non sur du sable mais sur du roc.
La prière, c’est ensuite apprendre à dire merci. Si je vous demandais ce que veut dire pour vous le mot prier, je suis persuadé que la majorité d’entre vous me répondrait : c’est demander quelque chose à Dieu. C’est vrai et ce que nous verrons tout à l’heure, mais trop souvent, nous oublions de rendre grâce au Seigneur pour toutes les merveilles dont il nous comble. Dans sa prière, Jésus prend le temps de rapporter à son Père la mission qui a été la sienne. Jésus s’émerveille et rend grâce pour les fruits que la Parole a portés et pour la foi qui habite les hommes. C’est une invitation pour nous à lui présenter au jour le jour, avec nos mots, ce que nous vivons, une invitation à relire chaque soir notre journée pour repérer les traces du passage de Dieu en nos vies. Les motifs d’action de grâce ne manquent pas : une super journée, une belle rencontre, un beau paysage, une réussite, un pardon reçu… Oui, comme le dit Saint Paul, en toutes choses, sachons rendre grâce à Dieu. Prenons le parti de regarder plutôt la bouteille à moitié pleine plutôt que celle à moitié vide car regarder le positif, c’est vivre.
Vous l’aurez compris, la prière, ce n’est pas se tourner vers le Seigneur uniquement quand on a une demande car cette démarche est un peu trop facile. Si vos enfants venaient vous voir seulement quand ils ont un problème ou veulent quelque chose, je pense que vous n’apprécieriez pas vraiment. De même, s’ils ne vous disaient jamais merci. Pour autant, il est naturel que nous soyons habités par des besoins, des désirs. C’est là que jaillit la prière de demande. L’Evangile nous dit : « Demandez et vous recevrez. » Alors n’ayez pas peur de demander, de prier pour vous-mêmes, mais aussi de prier pour les autres comme Jésus le fait. « Je prie pour eux. », nous dit-il. Là encore, les motifs de demande ne manquent pas, surtout lorsque nous traversons un temps d’épreuve. Les psaumes recèlent de prières d’êtres humains habités par la joie, la crainte, la souffrance, la révolte, le cri. S’ils expriment ces prières, c’est d ‘abord parce qu’ils font une totale confiance en Dieu.
La confiance, c’est ce dont nous manquons trop souvent. Pourtant, comme le dit Saint Thérèse, c’est la confiance, rien que la confiance qui peut nous conduire à l’amour. Dans l’épreuve, nous avons parfois ce sentiment d’être abandonné par Dieu, de rejeter la faute sur lui et donc de couper toute relation avec lui. Cela manifeste que nous avons négligé ce qu’est d’abord la prière : une rencontre fidèle et quotidienne avec lui. Etant resté à une connaissance extérieure de Dieu, rien d’étonnant à ce qu’à la première difficulté, vous baissiez les bras. Car au fond, vous n’avez pas fait cette expérience d’un Dieu qui n’est qu’amour et qui veut votre bonheur mais vous vous êtes façonnés dans votre imaginaire un Dieu magicien qui ne serait là que pour régler tous les problèmes d’un coup de baguette magique. Et évidemment, vous êtes déçus car il ne répond à vos attentes et vous n’y croyez pas. Eh bien, moi non plus, je ne crois pas en ce Dieu-là car ce n’est pas le Dieu révélé par Jésus Christ.
Plutôt que de parler de Dieu, prenons plutôt le temps de parler à Dieu. Demandons, ce matin, les uns pour les autres, la grâce de la prière. Que l’Esprit Saint, promis par Jésus, nous donne de persévérer et d’être fidèles. Amen. April 30 Homélie de l'AscensionFrères et sœurs, j’aimerais prendre ce matin le temps de m’arrêter avec vous sur l’Evangile proposé en cette fête de l’Ascension du Seigneur, un Evangile que certains parmi vous ont étudié plus largement au cours d’une soirée biblique. Il s’agit de la finale de l’Evangile de Saint Matthieu qui résume la situation de l’Eglise au moment crucial qui sépare le temps où Jésus était encore là de celui où il sera remonté vers son Père. De cette finale, je voudrais retenir trois points : un lieu, une attitude et une mission.
Un lieu tout d’abord. Le début de l’Evangile laisse entendre que les femmes ont transmis aux disciples le message d’aller en Galilée, sur une montagne pour rencontrer une dernière fois le Christ ressuscité. La montagne est un lieu souvent mentionné dans la Bible et elle y joue un rôle important. Elle est le lieu par excellence de la rencontre entre Dieu et l’homme. Souvenez-vous de Moïse qui reçoit les tables de la loi sur le mont Sinaï mais plus encore de Jésus. Plusieurs fois, il est mentionné dans l’Evangile qu’il se trouve sur une montagne soit pour être tenté par le démon, soit prier, soit pour enseigner (je vous renvoie ici aux Béatitudes). C’est encore sur une montagne qu’il sera transfiguré. Mais évoquer ici la montagne, c’est nous montrer également que Jésus est le nouveau Moïse, celui-là même qui fit ses adieux sur une montagne (le mont Nébo). Monter sur la montagne, c’est se rapprocher du ciel, donc de Dieu. C’est entrer dans l’univers de Dieu. Alors il nous faut comprendre que pour les disciples, vivre cette expérience d’aller sur la montagne, c’est vivre une rencontre profonde avec le Seigneur et c’est ainsi reconnaître que Jésus est Dieu.
Cela nous conduit à considérer le deuxième point : une attitude. Que font les disciples quand ils voient Jésus : ils se prosternent. Leur geste manifeste la vénération qu’ils ont à l’égard de Jésus en qui ils reconnaissent ici le Messie, Dieu lui-même. Cela n’est pas sans nous rappeler les mages qui, devant l’enfant de la crèche, se prosternent eux aussi. Plus que des cadeaux, c’est toute leur vie qu’ils apportent en offrande au Seigneur. Toutefois, malgré leur attitude, Matthieu rajoute que certains eurent des doutes. Il y a ici comme une sorte de paradoxe. En effet, celui qui se prosterne est sensé être habité par une totale confiance. Son attitude extérieure étant le reflet de ce qui l’habite intérieurement. Ce rajout nous montre que la foi n’est jamais statique. Le croyant est toujours en chemin, un chemin qui passe par des avancées mais parfois aussi par des doutes. Les grands saints en ont fait eux-mêmes l’expérience. La foi reste un risque et c’est, comme le précise la suite de l’Evangile, dans l’agir missionnaire que les disciples pourront vaincre leurs doutes.
Ce qui nous amène au troisième point : une mission. Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans les dernières paroles de Jésus. Jésus ne fait rien d’autre que d’envoyer les onze en mission. Celle-ci porte sur le fait de faire des disciples dans le monde entier. En bref, des disciples invités à faire d’autres disciples. En effet, seul celui qui a marché à la suite de Jésus et a expérimenté que son enseignement transfigure son existence aura un témoignage qui porte du fruit. De disciple, il deviendra apôtre, annonçant à temps et à contretemps, la Bonne Nouvelle qui le fait vivre, mais comme le disait Saint Pierre, dimanche dernier, toujours avec douceur et respect. Tous, dans notre vie de foi, nous avons été marqués par des figures de croyants et de témoins qui nous ont aidés à avancer davantage au large. S’ils nous ont marqués, ce n’est pas parce qu’ils répandaient une idéologie mais parce que leur vie était en adéquation avec l’Evangile, qu’elle était pétrie par tous les commandements qui, au fond, se résument à un seul verbe aimer. A notre tour, nous invités à être pour les autres des aînés dans la foi.
Dans la mission confiée par Jésus, ce qui est premier, c’est donc de faire des disciples et non de baptiser. Le baptême n’est qu’une suite logique pour former peu à peu une communauté : celle de personnes qui, par ce rite, veulent enraciner leurs liens mutuels dans une commune appartenance au Dieu Trinité. Tout cela devrait nous invitait à réfléchir sur notre pratique du baptême aujourd’hui. Actuellement, on baptise à tout va. On fait certes des chrétiens mais fait-on des disciples ? Seule la démarche catéchuménale s’inscrit dans la demande de Jésus. Peut-être faudrait-il la reconsidérer pour le baptême des petits enfants pour que celui-ci ne soit pas seulement une fête de la naissance ?
Faire des disciples : voilà la mission qui nous confiée à nous aussi aujourd’hui. Nous sommes tous envoyés pour être témoins et apôtres de la paix, de l’espérance et de la joie. Une mission dans laquelle nous ne sommes pas seuls mais au contraire soutenus par l’Emmanuel (Dieu avec nous) et par la force du défenseur qu’il nous envoie : l’Esprit Saint. Cette mission ne doit pas pour autant nous faire oublier de demeurer nous-mêmes disciples. Tous, nous avons aussi à monter chaque jour sur la montagne et à garder fidèlement les commandements. Puisse la prière de Paul entendue dans la deuxième lecture être la nôtre : Que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père dans sa gloire, vous donne un esprit de sagesse pour le découvrir et le connaître vraiment. Qu’il ouvre votre cœur à sa lumière, pour vous faire comprendre l’espérance que donne son appel, la gloire sans prix de l’héritage que vous partagez avec les fidèles, et la puissance infinie qu’il déploie pour nous, les croyants. Amen. April 28 Messe de Saint Jean EudesVous trouverez en ligne le commun de messe que j'ai composé suite à une commande du séminaire de Caen. Pour plus d'infos et pour le téléchargement des partitions, rendez-vous sur la page d'accueil du site de la paroisse de l'Aigle : http://www.paroissesaintmartin.fr/ March 03 Un autre site à découvrirDimanche dernier, nous avons inauguré le site de la paroisse Saint Martin en Ouche. Il n'est pas encore toute à fait terminé. Mais n'hésitez pas à y jeter un petit coup d'oeil et à nous envoyer vos commentaires dans le but de l'améliorer.
Adresse du site : http://www.paroissesaintmartin.fr/ February 12 Un site à découvrir !Le séminaire Saint Jean Eudes, qui assure la formation des futurs prêtres de Basse-Normandie, vient d'ouvrir son site internet. Un site pour en savoir davantage sur ce qu'est un séminaire, qui sont les séminaristes et ce qu'ils font... Une petite visite à ne pas manquer ! Rendez-vous sur http://seminaire-caen.cef.fr/ February 09 Homélie du 10 février 2008Depuis mercredi dernier, nous sommes entrés dans le temps du Carême. 40 jours pour marcher vers Pâques, pour revenir au Seigneur, pour convertir nos cœurs, pour développer en nos vies le jeûne, la prière et le partage. 40 jours qui nous rappellent les 40 jours que le Christ a passé au désert et les 40 années que le peuple d’Israël a passé lui aussi dans le désert pour atteindre la Terre Promise.
Le désert, c’est là où le Christ, poussé par l’Esprit, est conduit juste après son baptême. Je ne sais pas si vous avez déjà vécu cette expérience de marcher plusieurs jours dans le désert. En ce qui me concerne, j’ai eu cette joie il y a quelques années de vivre une retraite itinérante et en silence dans le désert. C’est une expérience inoubliable et décapante. Dans cet espace immense aux paysages magnifiques où vous avez l’impression que vous ne verrez jamais la fin, vous vous interrogez beaucoup sur vous-mêmes, et les tentations vous assaillent de toute part. C’est un temps où vous êtes éprouvés, dont vous voulez sortir rapidement et qui, en définitive, vous apprend à mieux vous connaître, à faire la vérité sur vous, à vous mettre à l’écoute du Seigneur et à apprivoiser le silence.
L’Evangile de ce jour nous montre que le Christ n’échappe pas à cette réalité. Lui aussi est tenté par le diable. Ce diable symbolisé dans le livre de la Genèse par le serpent qui vient semer le trouble dans les esprits et éloigner de Dieu. Ce diable vient par trois fois reproduire avec Jésus la tactique mensongère qui avait super bien marché avec Adam et Eve.
La première tentation consiste à centrer sa vie sur le monde créé, c’est-à-dire à satisfaire nous-mêmes notre désir sans rien attendre de Dieu. La réponse de Jésus montre que la priorité n’est pas ce monde matériel. Mais l’essentiel de la vie est de rencontrer le Seigneur et de tout recevoir de lui, de se nourrir de sa Parole et de la mettre en application. Alors nous sommes invités à nous interroger sur notre possession des biens matériels, sur nos richesses. Au fond, de quoi as-tu faim ? Faim d’amasser toujours plus par tous les moyens possibles pour satisfaire dans l’immédiat tous tes désirs et être au summum de la modernité et de la mode ? Ou bien faim d’être riche de Dieu ?
La deuxième tentation vise à abuser de la confiance envers le Seigneur et à le mettre à l’épreuve. C’est comme si je vous disais : « Vas-y, jette-toi du 10ème étage, n’aie pas peur, il ne t’arrivera rien car le Seigneur te réceptionnera en bas. » Il est certain que vous ne passeriez pas à l’acte et que vous me prendriez pour un irresponsable et un illuminé, et vous auriez raison. Jésus dénonce dans sa réponse cette mise à l’épreuve qui renvoie précisément à un manque de confiance. Cette tentation se traduit aujourd’hui par celle du paraître et du prestige. Et toi, quelle image donnes-tu de toi ? Celle que tu es réellement avec tes qualités et tes défauts ou bien une image qui ne correspond pas à ce que tu es en vérité ? Mais cette tentation nous invite aussi à nous interroger sur nos actes. Quel discernement faisons-nous avant d’agir ? Mesurons-nous les conséquences de nos actes ? Dieu n’est pas là pour colmater nos actes irraisonnés mais nous renvoie à notre responsabilité.
La troisième tentation consiste à l’attrait du pouvoir et à l’exercice de la domination. Satan, qui va jusqu’à se prendre pour Dieu, propose à Jésus d’être le big boss de tous les royaumes de la terre et de l’adorer. Le Christ dénonce tout cela, rappelant que l’adoration véritable ne revient qu’à Dieu seul et que c’est Dieu seul qui donne le Royaume. Dans cette tentation, nous devons aujourd’hui nous sentir interpeller sur la relation que nous vivons au quotidien à l’égard des autres. Et toi, quel rapport entretiens-tu avec les autres ? As-tu tendance à vouloir dominer les autres ou bien, à l’exemple du Christ, te fais-tu, humble serviteur à l’égard d’autrui ?
De ce dialogue avec le tentateur, Jésus ne s’est pas laissé piégé mais est ressorti vainqueur. Il nous trace la route pour que nous aussi, nous sortions de nos déserts et de nos impasses. Au jour de notre baptême, le prêtre a dit une prière d’exorcisme et de délivrance, non pas pour faire tourner l’autel qui est là, mais pour demander au Seigneur que le futur baptisé obtienne la force de lutter contre toutes les puissances du mal. De même, chaque fois que nous récitons le Notre Père, nous demandons au Seigneur cette même force pour résister face aux tentations (ne nous soumets pas à la tentation qui est une mauvaise traduction ; il faudrait mieux dire, ne nous laisse pas succomber à la tentation). C’est vraiment cette prière qu’il nous faut demander chaque jour et même plusieurs fois par jour. Sans ce soutien du Seigneur, vous pouvez être sûrs de retomber sans cesse car nous sommes des êtres humains et non des dieux. Mais demandons-lui aussi de nous donner, son Esprit Saint qui reposait sur Jésus et qui l’a conduit au désert : esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et d’affection filiale, esprit d’adoration. Amen. January 27 Homélie du 27 janvier 2008« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. » Ce verset d’Isaïe, que Matthieu reprend dans son Evangile, nous est bien connu puisque nous l’entendons chaque année au soir de Noël alors que nous célébrons la naissance du Christ, lumière du monde. C’est de ce même verset qu’est directement inspiré le thème retenu cette année pour le dimanche de la santé : « Que ta lumière éclaire ma nuit. » Un thème sur lequel je vous propose de méditer avec vous ce matin.
« Que ta lumière éclaire ma nuit ». Une toute petite phrase dans laquelle on perçoit, grâce aux adjectifs possessifs ta et ma, une relation entre deux personnes. Cette relation, je voudrais tout d’abord la considérer entre un être humain et Dieu.
Probablement, chacun d’entre nous a fait une ou plusieurs fois dans sa vie cette expérience de vivre des moments de difficultés et de souffrances car, contrairement au titre d’un film, la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Elle est faite pour chacun de hauts et de bas. Des bas qui passent parfois par l’annonce d’événements douloureux, d’un deuil ou d’une grave maladie. Et soudain nous sommes envahis par les ténèbres, nous sommes scandalisés, révoltés, réactions humaines bien normales. Tout cela est aussi accompagné de multiples interrogations : « Pourquoi ce mal ? » « Pourquoi moi ? » « Qu’ai-je donc fait au bon Dieu ? » Et puis, il faut trouver un coupable : alors c’est souvent le Seigneur qui trinque car beaucoup se disent « S’il y avait un bon Dieu, il n’y aurait pas tout cela. » Et bien, frères et sœurs, c’est vouloir faire de Dieu un magicien qui d’un coup de baguette magique pourrait régler tous les problèmes. Si Dieu, c’est cela, eh bien moi non plus je n’y crois pas. Le Dieu en qui j’ai mis ma foi est le Dieu de Jésus Christ, un Dieu tout-puissant, mais non pas au sens d’omnipotent ou de super héros, mais tout-puissant en amour.
La question du mal et de la souffrance est une question difficile. Alors n’attendez pas de moi une réponse toute faite car il n’y en a pas. Seulement, je souhaiterais rappeler que nulle part dans la Bible vous ne trouverez une explication du mal et de la souffrance. Le Seigneur n’explique pas cette souffrance mais sans cesse, il vient la combattre, mais plus encore, il vient la vivre, et de manière forte, sur la croix. En cela, il rejoint chacun des souffrants et des malades. C’est ce que nous disait l’Evangile de ce jour en précisant que Jésus vint habiter à Capharnaüm, pays de l’ombre et de la mort. Il rejoint ceux qui sont dans la difficulté et le désespoir. Cependant, notre espérance chrétienne ne reste pas à ce stade. La croix est un passage, mais elle n’est pas la fin. Après la croix, il y a la résurrection. La nuit n’est pas une fin en soi mais elle anticipe et prépare le jour (il y eut un soir, il y eut un matin nous dit la Genèse). Aussi, quand la souffrance nous atteint, nous sommes invités à vivre, à la suite du Christ, le mystère pascal afin de passer du vendredi saint au dimanche de Pâques, de l’obscurité à la lumière. Nous sommes invités à mettre nos pas dans ceux du Seigneur, à faire de notre épreuve un chemin de foi et de vie. Attention, il ne s’agit pas de rechercher la souffrance pour la souffrance (nous sommes ni mortifères, ni maso !), mais de vivre la souffrance, si elle se présente, dans un acte de confiance et d’abandon mais aussi dans l’espérance, comme le soulignait le psaume (espère le Seigneur, sois fort et prend courage, espère le Seigneur).
Oui, le Seigneur nous rejoint et nous éclaire dans notre nuit. Mais il compte aussi sur chacun de nous pour porter sa lumière. C’est le deuxième angle de la relation évoquée par le thème de cette année. C’est aussi ce que laisse entendre l’Evangile d’aujourd’hui puisque le Seigneur appelle des hommes pour marcher à sa suite et transmettre aux autres sa lumière. Certains ont répondu particulièrement à cet appel de par leur profession (médecins, infirmières, éducateurs, employés d’associations caritatives, d’ONG…). Au long du jour et parfois même de la nuit, ils exercent une présence et mettent leurs compétences au service des autres pour accompagner, apaiser, guérir, redonner confiance et goût à la vie et nous pouvons en rendre grâce. Mais cet appel ne leur est pas réservé. Il nous est aussi adressé. Et toi, que fais-tu pour tous ceux qui marchent dans la nuit ? Certes, nous n’avons pas forcément reçu de formation dans ce domaine spécifique mais n’est-il pas à la portée de tous de rendre visite à une personne malade ou en détresse ? N’est-il pas à la portée de tous de lui offrir un sourire et une main tendue ? N’est-il pas à la portée de tous de prier pour elle ? Des moyens simples et concrets qui ne demandent pas d’avoir bac+5.
« Que ta lumière éclaire ma nuit. » Une phrase qui nous invite donc ce dimanche à porter une attention particulière à ceux qui traversent une période d’obscurité, mais aussi à rendre grâce pour la présence à leurs côtés du Seigneur et de ceux qui œuvrent à leur donner de la lumière. Pour autant, notre regard ne doit pas seulement porter sur la santé physique ou psychologique mais doit s’élargir à la santé spirituelle. Car c’est précisément la pointe de l’Evangile de ce jour : la conversion du cœur à laquelle le Christ nous appelle. Alors, que chacun prenne le temps de regarder ce qui, dans sa vie, obstrue le passage de la grâce de Dieu et profite du carême qui approche pour éventuellement faire un check-up spirituel. Amen. December 01 Homélie du 2 décembre 2007Comme vous le savez, nous ouvrons aujourd’hui à la fois une nouvelle année liturgique et le temps de l’Avent. Alors je tenais pour commencer à vous souhaiter une bonne année à la suite du Seigneur ainsi qu’une bonne marche vers Noël. Oui, ce temps de l’Avent est précisément une marche de quatre semaines, un temps d’attente joyeuse mais aussi un temps de conversion que l’Eglise nous propose pour préparer nos cœurs à réaccueillir et à contempler le mystère de l’Incarnation. Dans les lectures entendues ce matin, je voudrais retenir trois points qui pourront nous servir de balises dans notre marche : la lumière, la paix et le fait de veiller.
La lumière, tout d’abord. Pour ceux qui participaient au pèlerinage en Terre Sainte, vous vous souvenez très certainement de notre marche très matinale à la forteresse de Massada. Là, nous avons assisté à un spectacle naturel extraordinaire : le lever du soleil sur la Mer Morte. Dans le silence, les ténèbres de la nuit se sont peu à peu dissipées pour laisser place à la lumière. Cette expérience magnifique, outre le fait de nous émerveiller et de nous inviter à la louange, nous a fait reprendre conscience que la nuit n’est pas une fin en soi mais qu’elle anticipe et prépare le jour. La Genèse nous dirait : Il y eut un soir, il y eut un matin. Ce que nos yeux ont contemplé de la nature est invité à se vivre en chacun de nous, c’est-à-dire savoir passer des ténèbres à la lumière. En effet, il y a parfois dans la vie des moments plus difficiles, plus douloureux où l’obscurité cache la clarté, où l’on ne sait plus très bien où on en est. Et ne croyons pas que, comme chrétiens, nous échappons à cette réalité. Toutefois, si le noir semble l’emporter sur le blanc, cela ne signifie pas pour autant que le blanc est totalement absent. Il est juste dissimulé dessous. Il demeure donc au fond de notre cœur une petite flamme, la flamme de l’espérance, qui n’est pas éteinte mais qui sommeille. Nous devrons veiller à la ranimer, mais, comme l’écrivait Paul, cela sera de l’ordre du combat. Toute vie et tout chemin de foi sont faits de combats. Combats que nous n’arriverons à vaincre que si nous prenons appui sur le Seigneur. Jésus nous dit : Je suis la Lumière du monde, qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres. Alors marchons avec confiance dans la lumière du Seigneur car lui seul, qui nous rejoint dans nos obscurités, est capable de les transformer en lumières.
Deuxième piste : la paix. Le psaume de ce dimanche rapportait l’appel répété à la paix et au bonheur pour la ville sainte. En plusieurs siècles, ces paroles n’ont pris aucune ride et demeurent d’une actualité criante. Ce même appel nous est adressé aujourd’hui. Nous avons à prier avec confiance et fidélité pour tous les peuples victimes de conflit et de façon toute spéciale pour cette Terre Sainte. Mais le psaume comportait aussi une invitation à l’action de grâce, action de grâce qu’il nous faut vivre aujourd’hui pour tous les germes de paix qui existent. Durant notre pèlerinage, nous ne nous sommes pas contentés de visiter des ruines. Mais nous sommes aussi allés à la rencontre de pierres vivantes, croisant ainsi des visages multiples, certes marqués par la dureté de la guerre mais aussi emprunts d’une lumière, reflet d’une espérance intérieure et d’une confiance profonde en Christ, source de toute paix. Parmi ces visages, quelques-uns nous ont davantage marqués parce qu’en eux, nous avons découvert de véritables ouvriers de paix et bâtisseurs d’amour. Oui, avec courage et audace, des hommes et des femmes, à l’exemple de Sœur Sophie de Bethléem, œuvrent jour et nuit, pour que la lumière brille au cœur des ténèbres, pour que le pardon soit plus fort que la haine, pour que la vie l’emporte sur la mort. Alors, comment ne pas rendre grâce et prier pour ces frères et sœurs qui deviennent instruments de paix ? Comment ne pas les encourager dans leurs initiatives en faveur de la paix, souvent bien silencieuses face au bruit des armes ? Comment avec eux ne pas espérer qu’un jour, les épées deviennent des socs de charrue et les lances des faucilles ?
Enfin, le dernier point : le fait de veiller. Tel est l’appel que nous lance aujourd’hui le Christ dans l’Evangile. Veiller, c’est être sur ses gardes, c’est vivre au rythme de la nuit pour aller progressivement vers le jour, c’est être témoin de ce passage de la nuit au jour, c’est être témoin de cette espérance qui fait passer des ténèbres à la lumière. Veiller, c’est sortir de notre sommeil, ce qui signifie quitter nos habitudes pour nous ouvrir à de nouvelles perspectives. L’Avent est donc un temps privilégié où nous sommes conviés à remettre au cœur de nos vies l’intériorité. Quatre semaines qui nous sont proposées pour vivre comme une sorte de retraite où nous pouvons redonner à Dieu la première place, où nous pouvons nous mettre davantage à son écoute. Un temps favorable pour un cœur à cœur plus long et plus régulier avec le Seigneur. Un temps pour lire davantage sa Parole, pour la savourer et ainsi mieux connaître le Christ et entrer dans son intimité, pour nous laisser conduire afin de retrouver l’attitude de vigilance intérieure qui convient à un disciple en attente du retour de son maître. Un temps pour aller puiser aux différents sacrements, et notamment au sacrement de la réconciliation dans sa forme individuelle, qui n’est pas une option facultative dans l’Eglise. Un temps privilégié pour laisser le Seigneur convertir nos cœurs et aviver en nous le désir de sa venue.
Demandons ce matin au Seigneur la grâce d’être des guetteurs de l’aube. Car c’est en veillant, c’est-à-dire en nous enracinant davantage sur le Christ, Lumière du monde et Prince de la Paix, que nous pourrons recevoir de lui cette lumière et cette paix. Et nous pourrons alors devenir pour nos contemporains des étincelles de paix, d’espérance et de joie ! Amen. November 25 Homélie du 25 novembre 2007L’homélie n’étant pas exclusivement un commentaire de la Parole de Dieu, je prendrais alors ce matin une autre direction. Profitant de la présence du chœur Allegro qui vient fêter sainte Cécile, patronne des musiciens, je souhaite réfléchir un peu avec vous sur la question du chant liturgique, sur sa signification, sur ses fonctions.
Le chant liturgique n’est pas le propre de notre liturgie actuelle mais il est présent dès les origines de l’Eglise, où on trouve traces dans l’assemblée d’hymnes qui s’inscrivent et s’enracinent dans une tradition juive (pensons aux psaumes ou au cantique des cantiques). Le Nouveau Testament nous en donne quelques fragments comme le Magnificat ou bien l'hymne aux Colossiens entendue tout à l'heure dans la deuxième lecture. Mais il fait aussi écho d’une assemblée qui chante pendant le culte (cf. Ep 5, 19 : « Dites entre vous des psaumes, des hymnes et de libres louanges, chantez le Seigneur et célébrez-le de tout votre cœur.). Aujourd’hui donc l’Eglise ne fait que poursuivre cette tradition ancienne.
Dès les origines, le chant en liturgie est un moyen pour transmettre la Parole de Dieu. Il apparaît comme une forme complémentaire de la lecture ou de la proclamation. Par la répétition, la Parole est peu à peu assimilée et méditée et elle pénètre au plus profond de l’homme. C’est précisément l’expérience que vivent les personnes qui se rendent à Taizé. Le fait de répéter à plusieurs reprises un même verset biblique sur une musique qui porte à l’intériorité permet de l’intégrer et d’être nourri.
Oui, le chant doit non seulement nous permettre d’intérioriser la Parole mais il doit également nourrir notre foi. C’est-à-dire que le texte doit éveiller ou réveiller en nous un certain nombre de convictions que l’on porte. Le chant est alors expérimenté comme une prière. Vous comprendrez alors facilement que l’on ne peut pas chanter tout et n’importe quoi en liturgie. Certes, on peut être davantage attiré par tel type de chants parce que ça rejoint notre sensibilité. Mais l’essentiel n’est pas d’abord la musique mais le texte lui-même qui doit être porteurs de vérités de foi. La musique se veut seulement au service du texte et a pour fonction de mettre en valeur ce texte et d’en faire ressortir les différentes couleurs.
Le chant n’a pas seulement une dimension individuelle mais il a aussi une dimension communautaire, aussi importante, voire même primordiale. Le chant est un puissant moyen d’unification d’une assemblée. Il fait exister l’assemblée et il est signe de son unité. C’est particulièrement le rôle du chant d’entrée qui a pour but de manifester l’union des fidèles rassemblés. Chacun arrive en effet à l’église d’horizons différents mais en réponse à l’appel du Seigneur. Le chant d’entrée vient précisément rassembler toutes nos différences et favoriser notre unité. Chacune des voix est appelée à s’exprimer en communion avec les autres à l’aide de sons et de mots semblables.
Par le chant est donc manifestée l’unité de l’assemblée. Mais c’est aussi par lui qu’est exprimée la réponse de l’assemblée à son Seigneur. En effet, durant la célébration, Dieu parle à son peuple et la prière et les chants sont ainsi réponses à Dieu qui prend l’initiative de nous parler le premier.
Enfin, le chant liturgique a un rôle rituel. Vous savez bien que toute célébration comporte des rites. Certains sont accompagnés par un chant, pour justement mieux les mettre en valeur. C’est le cas par exemple de l’Agneau de Dieu qui accompagne la fraction du pain. Je dis bien accompagne, ce qui signifie que le chant est au service du rite et qu’il doit s’effacer et s’achever avec lui. Mais le chant peut aussi à certains moments accomplir le rite lui-même, comme par exemple l’alléluia, chant par lequel l’assemblée acclame le Seigneur présent dans son Evangile.
Dans une paroisse, vous savez très bien que certains ont plus particulièrement cette mission du chant liturgique : les animateurs, les organistes, la chorale. Pour autant, personne ne peut s’improviser organiste, animateur, chef de chœur. Aussi une formation à la fois musicale et liturgique est indispensable car justement le chant et la musique en liturgie ont des fonctions bien particulières qu’il est indispensable de maîtriser. Une célébration liturgique n’est pas un show de la Star Ac. Il ne s’agit pas de faire de la musique pour faire de la musique mais chacun de ces acteurs est au service de la liturgie, mais aussi au service de l’assemblée. Ces acteurs ont pour rôle de vous accompagner, de vous soutenir. Ce qui veut donc dire que le chant liturgique ne leur est pas réservé mais il doit au contraire concerner chaque membre du corps du Christ pour les raisons et les fonctions énoncés auparavant.
Alors puisse chacun veiller à sa manière de chanter (je ne vise pas seulement ici la justesse mais le fait de penser aux paroles que nous prononçons). La qualité de notre chant permettra sans aucun doute d’accroître la beauté de nos célébrations. Oui, comme le dit le psalmiste : "Que tout être vivant chante louange au Seigneur." Amen. November 10 Homélie du 11 novembre 2007Un jeune prêtre nous racontait il y a quelques temps une histoire vécue lors d’une rencontre avec un groupe de jeunes. Alors qu’il faisait un enseignement, il fut, comme les jeunes présents, perturbé par les bourdonnements incessants d’une énorme mouche. Il décida d’attendre le moment propice pour la tuer. Soudain, ce fut le scandale. Une fille s’écria violemment : T’es pas fou d’avoir fait ça, c’aurait pu être ta mère ! Et lui de répondre : Désolé, mais ma mère est toujours vivante ! Cette réaction nous paraît surprenante pour une jeune qui se dit catholique convaincue mais en même temps intéressante car elle manifeste que le monde d’aujourd’hui comporte un lot de croyances variées concernant ce qui se passe après la mort. Face à ce pluralisme, l’Eglise réaffirme cependant sa foi en la résurrection, comme nous le rappellent les lectures d’aujourd’hui.
On perçoit néanmoins que cette foi en la résurrection n’était pas non plus unanime au temps de Jésus. Tous les Juifs n’y adhéraient pas, tels les Sadducéens dans l’Evangile. Et pour ridiculiser cette croyance, ils posent une question à Jésus, somme toute un peu grotesque. Leur question de savoir de qui la femme ayant eu sept maris sera l’épouse dans l’au-delà montre qu’ils considèrent la résurrection comme une continuité avec la vie terrestre, d’où leur refus de résurrection et cela à juste titre. Leur problème, en définitive, c’est de devenir prisonniers de leurs raisonnements. Et pour prouver qu’ils ont raison, ils utilisent la Parole de Dieu. Voilà ici pointé un danger. La Parole de Dieu n’est pas faite pour être utilisée comme appui pour nos arguments, pour démontrer que nos idées sont justes. C’est le mécanisme inverse qu’il nous faut opérer, c’est-à-dire méditer la Parole de Dieu pour nous laisser convertir, pour nous laisser interpeller afin de changer notre regard sur Dieu et sur les autres.
Face à la question des Sadducéens, Jésus apporte une réponse qui leur fait prendre conscience que le monde à venir n’est pas la copie conforme du monde terrestre où l’on se marie et où l’on meurt. Dans le Royaume de Dieu, il n’y aura plus ni mariage, ni mort, ni larme, ni douleur (comme nous le dit l’Apocalypse), mais seulement paix et joie. Certes, notre langage humain demeure limité pour dire ce que sera notre vie de ressuscité, mais ce qui est sûr, c’est que ce monde de la résurrection sera tout autre de celui dans lequel nous vivons aujourd’hui. Nos corps ne connaîtront pas les mêmes conditions que sur la terre. Regardez le Christ lui-même ! Après la résurrection, les disciples ont du mal à le reconnaître car il leur apparaît non dans son corps terrestre mais dans son corps glorieux. Il leur faudra une parole ou un geste pour qu’ils le reconnaissent vraiment.
Pour ce qui est de notre vie dans le Royaume de Dieu, le Christ nous précise que nous serons non des anges mais semblables aux anges, c’est-à-dire que nous serons continuellement en présence de Dieu et en parfaite communion avec lui. Par delà la mort, ce qui demeurera, c’est l’amour que nous aurons porté autour de nous sur la terre, un amour qui sera purifié et transfiguré. Oui, l’essentiel de toute vie réside dans notre capacité à aimer. Si on regarde bien les propos des Sadducéens, on constate qu’en définitive, l’amour est en définitive le grand absent de leur raisonnement. En effet, ils ont fait du mariage une institution dont le seul but est la reproduction ou pour reprendre un terme plus biblique, la descendance. Une institution dénuée donc de tout amour. Voilà leur erreur : avoir oublié que le mariage est avant tout une histoire d’amour. Leur problème apparaît donc sans intérêt puisqu’il n’est plus question de mort et de descendance dans le monde à venir. Seul l’amour vécu, image de l’amour de Dieu, traversera la mort.
Chez beaucoup de nos contemporains sommeillent sans aucun doute des raisonnements identiques à celui des Sadducéens. Aujourd’hui, le rationnel et la science doivent tout expliquer. Et tout ce qui demeure inexpliqué ou inexplicable est bien souvent rejeté rapidement. Oui, la résurrection échappe à notre cerveau justement parce qu’elle n’est ni de l’ordre de l’intellect, ni de l’ordre de la preuve mais de l’ordre de la foi. C’est l’invitation que le Christ nous fait aujourd’hui de poser un acte de foi, de confiance en sa promesse de vie éternelle. De par notre baptême, qui nous plonge dans la mort et dans la résurrection du Christ, nous avons déjà reçu en germe cette vie éternelle. Mais celle-ci est appelée à se développer et à tendre vers son plein accomplissement. Et lorsque viendra pour nous le moment de passer de ce monde au Père, puissions-nous, avec Sainte Thérèse, chanter : « Non, je ne meurs pas, j’entre dans la Vie ! Mon Dieu, vous avez dépassé mon attente. » Amen. November 03 Homélie du 4 novembre 2007La liturgie de ce dimanche nous invite à méditer l’histoire de Zachée et à contempler sa rencontre avec Jésus. Cette rencontre est un passage de l’Evangile que nous connaissons tous fort bien, tellement bien d’ailleurs que nous risquerions de ne plus vraiment prêter attention au texte lui-même. Pourtant, je crois que cette page d’Evangile demeure riche d’enseignement pour nous aujourd’hui. Aussi je me propose ce matin d’en retirer trois pistes pour notre vie.
La première piste concerne le regard posé sur Zachée. Un regard qui diffère suivant la foule ou suivant Jésus. Pour la foule, Zachée est considéré comme un pécheur public. Et cela du fait même de sa profession. En effet, Zachée est collecteur d’impôt, ce qui signifie aux yeux des autres juifs qu’il collabore avec l’occupant romain et qu’il est soupçonné de voler ses compatriotes. Selon la loi juive, ce lien avec les Romains le rend impur. En résumé, la foule a réduit Zachée à sa situation de pécheur : il est cela et rien d’autre. Jésus, quant à lui, va agir totalement différemment. Il est celui qui fait le premier pas en levant les yeux vers lui et en l’interpellant. Mais mieux encore il s’invite chez lui. Dès lors, Jésus prend ses distances vis-à-vis de la loi. Face au regard méprisant de la foule, Jésus opte pour un regard plein d’amour et de bonté à l’égard de Zachée. Un regard qui va l’arracher à son mal et le transformer radicalement. Cette distinction de regard doit aujourd’hui nous interpeller sur la manière dont nous regardons les gens. Peut-être avons-nous tendance à mettre trop facilement des étiquettes aux gens et ainsi, comme cette foule, à les réduire à un point précis, à les emprisonner dans leur faute et dans leur mal. L’attitude de Jésus nous invite dès maintenant à vivre précisément le contraire, c’est-à-dire porter sur chaque être humain que nous rencontrons, un regard d’amour, un regard qui relève et réchauffe, un regard qui peut le libérer et l’aider à progresser, un regard qui manifeste le pardon. N’oublions jamais que ce que le Christ condamne et combat, c’est le péché et non le pécheur.
La deuxième piste vise le désir de Zachée de rencontrer Jésus. Sans nul doute, Zachée, comme toute cette foule, avait été averti du passage de Jésus dans la ville de Jéricho et avait déjà eu écho de la Bonne Nouvelle qu’il annonçait. Sinon, il ne se serait probablement pas déplacer. Mais, manque de chance, la foule lui fait obstacle et le tient à l’écart du fait de sa situation de pécheur. Si son désir avait été bien tiède, il en serait resté là, attendant bien sagement derrière les autres le passage de Jésus, sans même le voir. Mais le fait qu’il grimpe dans un arbre manifeste combien son désir est au contraire intense. Pour rien au monde, il n’aurait voulu manquer cette rencontre. Et son audace lui rapporte puisque Jésus l’aperçoit, l’interpelle et s’invite chez lui. Au moment de cette invitation, Zachée demeure libre de le recevoir ou non chez lui. Le fait qu’il redescende rapidement et qu’il soit dans la joie ne fait que manifester une nouvelle fois son désir profond de le rencontrer. L’attitude de Zachée doit nous aussi nous interroger ce matin sur notre désir de rencontrer le Christ. Avons-nous vraiment en nous-mêmes ce désir et quels moyens mettons-nous à notre disposition pour aviver ce désir et vivre de manière régulière et fidèle cette rencontre avec le Christ ?
La troisième piste concerne la conversion de Zachée. Le désir de Zachée aurait pu être uniquement de rencontrer le Christ et de garder ensuite en mémoire cette belle rencontre inespérée sans vouloir aller plus loin dans sa démarche. Pourtant, Zachée ose avancer plus au large. Sa rencontre avec le Christ le bouleverse, le change radicalement : il vit une véritable conversion. Il désigne Jésus comme le Seigneur et c’est cela être sauvé. Cette reconnaissance de Jésus comme le Seigneur était l’étape primordiale de laquelle va ensuite découler son changement d’attitude, c’est-à-dire le détachement de ses biens pour en faire don aux pauvres et à ceux à qui il a causé du tort. La conversion de Zachée doit nous aussi nous questionner sur notre propre conversion. Certes, le salut nous est déjà donné mais encore faut-il que nous l’accueillions car sans accueil de notre part, le salut ne peut advenir aujourd’hui pour nous.
Ensemble, nous célébrons aujourd’hui la sainte Hubert. Vous connaissez certainement beaucoup mieux que moi la légende de votre saint patron. Mais je crois que nous pouvons rapprocher les vies de Zachée et d’Hubert. L’un et l’autre ont fait une rencontre fulgurante du Christ à un moment de leur vie, une rencontre qui les a totalement transformés, une rencontre qui a entraîné une conversion radicale de leur cœur. Alors, ce matin, par l’intercession de saint Hubert, demandons au Seigneur de purifier notre regard, d’accroître notre désir de le rencontrer et de convertir nos cœurs un peu plus chaque jour. Amen.
October 31 Assemblée Générale du Service des VocationsCette AG aura lieu le jeudi 15 novembre de 18h00 à 22h00 à la Source à Sées. Cette année, l’invité sera le Père Romain Duriez, vicaire épiscopal chargé de la formation dans le diocèse de Rouen, qui interviendra sur le thème : « Liturgie et vocation ». Témoignages et débat ainsi que nouvelles et projets du SDV suivront son intervention. Possibilité de dîner sur place, en s’inscrivant avant le 7 novembre auprès du Service des Vocations (27, rue du Bercail 61000 Alençon – 02.33.26.20.89 – sdv@diocesedeseez.org). Homélie de la Toussaint 2007Heureux : un mot qui revient neuf fois dans l’Evangile que nous venons d’entendre, sans parler de la finale qui nous invite à nous réjouir. En ce jour de la Toussaint, c’est donc une invitation au bonheur et à la joie à laquelle nous sommes appelés. Ne nous trompons donc pas : la Toussaint n’est pas le jour de commémoration des morts (contrairement à ce que la tradition d’aller dans les cimetières manifeste) mais elle est un jour de fête et de joie où nous célébrons tous ceux connus ou inconnus qui ont répondu à cette invitation du Seigneur : ce sont les saints. Cet appel au bonheur demeure valable pour nous aujourd’hui car nous sommes tous appelés à la sainteté. Un appel magnifique en cette époque où nombreux sont ceux à chercher ce bonheur, à chercher un sens à leur vie, à chercher comment rendre les autres heureux. Car la destinée de l’homme est justement d’être heureux et de rendre heureux. Jésus nous propose aujourd’hui dans cette page d’Evangile, dite des Béatitudes, une véritable charte du bonheur que je me propose de reprendre avec vous.
Peut-être en écoutant cette parole avez-vous fait le rapprochement entre Jésus et Moïse. Dans le livre de l’Exode, Moïse reçoit de Dieu les dix commandements sur la montagne du Sinaï, à savoir des paroles que Dieu donnait à l’homme pour qu’il vive bien et heureux. Jésus, lui aussi est sur une montagne et enseigne la foule nombreuse, les entretenant de façon explicite sur le bonheur. Jésus se révèle ici comme le nouveau Moïse mais apporte une nouveauté radicale. A présent c’est en lui, par lui et pour lui que tout homme peut désormais être heureux. Avec Jésus, on guide le registre du commandement pour rejoindre celui de l’invitation au bonheur. Un bonheur qui s’enracine toutefois dans le commandement de l’amour qui est double : aimer le Seigneur et aimer son prochain. Et les béatitudes qui nous sont présentées dans cet Evangile ne font que refléter et déployer chacune à leur manière cet amour.
Cette charte du bonheur que le Christ nous lègue ne lui est pas extérieure. Bien au contraire, si l’on reprend chacune des béatitudes énoncées, on constate rapidement que le Christ lui-même les a vécues de l’intérieur et de façon parfaite. Ces béatitudes nous dressent comme une sorte de portrait de Jésus, un portrait qui sera développé ensuite pas à pas dans le reste de l’Evangile. Jésus s’est fait pauvre, attendant tout des mains du Père. Jésus s’est fait doux et humble de cœur, recevant à la résurrection la terre en partage. Jésus a pleuré à la mort de son ami Lazare, il a pleuré sur Jérusalem, recevant la consolation à la résurrection. Jésus, tout au long de son ministère, a eu faim et soif de justice. Jésus a pardonné en toute occasion et même à ceux qui l’ont crucifié. Jésus a eu le cœur pur, considérant chaque être humain comme un reflet du créateur. Jésus a été artisan de paix. Jésus a vécu la persécution, une persécution qui atteindra son point culminant sur la croix. Enfin Jésus s’est réjoui, exultant de joie sous l’action de l’Esprit à plusieurs reprises.
En résumé, le Christ a tracé pour nous le chemin et nous a montré l’exemple. Vivre des béatitudes, c’est donc marcher à sa suite et vouloir lui ressembler. Sa charte pourrait toutefois nous sembler aujourd’hui bien utopique car elle va à contresens de notre logique humaine. Notre société d’aujourd’hui mise tout sur le paraître, sur l’avoir, sur le tout tout de suite alors que la logique de l’Evangile est dans ce que nous sommes réellement. Le Christ nous rappelle que l’important dans une vie n’est pas ce qu’on réussit, ce qu’on amasse mais ce qu’on est. Le bonheur véritable se trouve dans notre capacité à aimer, à servir et à servir de façon désintéressée. Il est dans la qualité d’une recherche authentique de Dieu, dans la qualité de nos relations avec les autres.
Tous et chacun, nous avons à creuser les balises que le Christ nous propose pour connaître le bonheur mais un bonheur véritable et non éphémère. Tous et chacun, nous avons à chercher, suivant nos capacités et nos disponibilités, comment être autour de nous des semeurs de justice, de paix, de pardon, de joie. Mais souvenons-nous que nous ne sommes pas les premiers sur cette route. Une foule immense que nul ne peut dénombrer nous a précédé sur le chemin : les témoins de la foi, les martyrs, les saints que l’Eglise a déclarés comme tels mais aussi tous ceux et toutes celles de notre entourage inconnus du grand nombre et qui, pourtant, ont vécu dans leur vie la plénitude de l’Evangile. Oui, saints et saintes de Dieu connus ou anonymes, priez pour nous ! Priez pour qu’à votre suite, nous puissions prendre avec courage et persévérance la route qui conduit au bonheur éternel. Amen, alléluia ! |